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En 1990, j’ai vu dans la chapelle de l’ordinariat épiscopal de Spisska Kapitula (Slovaquie) un tableau dont le sujet ne m’a plus jamais quittée. Il représente un évêque qui célèbre l’ordination d’un jeune prêtre. Tous les deux se trouvent dans une flaque de sang. Près d’eux se tient un loup prêt à les attaquer. Le tableau s’intitule: «Allez, je vous envoie comme des brebis parmi les loups (Mt 10.16).» |

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Ce tableau a été peint en 1950 et il a été choisi par l’évêque local Jan Vojtasak, qui ignorait à l’époque que cette œuvre et sa légende étaient prophétiques. Un mois plus tard, l’évêque fut jeté en prison. Pendant le régime communiste, cette toile a dû rester cachée, car jugée contraire à l’idéologie régnante. On considérait le loup comme le représentant du régime de l’époque. |
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Ce tableau véritablement prophétique exprimait très exactement la situation de l’Eglise et ma situation personnelle aussi au temps du communisme. L’Eglise de Slovaquie a traversé une période très difficile de 1948 à 1989. Il nous était interdit de témoigner de notre foi. De nombreux prêtres, religieux et laïcs ont été emprisonnés. Petit à petit, les églises furent dépouillées, et leur activité drastiquement limitée. En ce temps-là, de nombreux chrétiens se sont montrés héroïques. Je pense en particulier à ma consœur Zdenka, qui a été béatifiée par le Pape Jean Paul II. |
Malgré des persécutions systématiques, la plupart d’entre eux ont trouvé le moyen de vivre et d’annoncer la Parole du Christ. Des prêtres ont été ordonnés dans le plus grand secret, des religieux, hommes et femmes, sont entrés dans les ordres, défendus bien sûr, et de simples citoyens se sont rendus, malgré l’interdiction, dans les célèbres lieux de pèlerinage. Les prêtres qui étaient relâchés fondaient des communautés en toute illégalité. Ils organisaient avec les étudiants des randonnées, des retraites, etc. Des mouvements comme ceux de Focolari, Taizé, Neocathecumenat se sont répandus. |
Dans le plus grand secret
Moi-même, je me suis toujours sentie appelée à vivre une existence consacrée à Dieu, mais je ne savais pas sous quelle forme. Les ordres étaient interdits par le régime en place. Quand j’ai confié à mes parents cet appel irrépressible, ils ont eu peur, terriblement peur. J’ai alors compris que je n’osais plus aborder ce sujet avec eux. Mais Dieu n’envoie jamais un appel auquel Il ne peut pas répondre. Je l’ai expérimenté au plus profond de mon être.
Dans notre paroisse, nous avions des prêtres engagés, qui se tenaient toujours à la disposition de nous autres jeunes. Souvent, nous partions pour de belles randonnées. Un jour, j’ai rencontré une religieuse qui s’occupait d’enfants handicapés mentaux. C’est à cette occasion qu’a commencé mon chemin vers une existence bénie de Dieu. |
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Dans le "temps anonyme". Sr Jaroslava (devant à gauche) avec ses consoeurs et P.Vincent Petrik SJ. |
Les sœurs m’ont appris qu’on pouvait entrer secrètement dans un ordre religieux, qu’il y avait des religieuses qui vivaient en civil et exerçaient différentes professions, tout en vivant selon les règles de leur ordre. J’ai ressenti une joie intense. |
Après avoir terminé mes études universitaires, je suis entrée chez les sœurs d’Ingenbohl, sans en souffler mot à mes parents. Cela aurait été beaucoup trop dangereux - pour eux et encore plus pour ma congrégation. J’ai vécu et travaillé à Kosice, dans l’est de la Slovaquie. Il y avait des communautés dans plusieurs villes. 15 sœurs, douze relativement jeunes et trois à la retraite, composaient notre communauté. |
Nous habitions à deux dans des logements d’une pièce, dans différents blocs d’habitation. Nous ne pouvions pas porter de vêtements religieux. Nous travaillions en tant qu’infirmières, employées de bureau, etc. Quant à moi, j’étais responsable de cours de formation dans une entreprise informatique. Pour les messes du dimanche, nous avions instauré un tournus dans nos logements respectifs afin d’éloigner les soupçons. Une fois par mois, la célébration de l’eucharistie nous apportait le ressourcement spirituel. Sinon, nous suivions les services religieux quotidiens dans l’église de la paroisse. En ce temps-là, un père jésuite nous accompagnait. Ordonné prêtre dans le secret, il travaillait comme instituteur. |
J’ai effectué toute ma formation religieuse dans le plus grand secret. Nous étions six novices qui nous retrouvions chaque mois dans des lieux différents avec notre responsable, elle aussi en tenue civile. Elle ne portait la robe qu’au siège de la province, à Cerova, se changeant en route, quelque part dans la forêt ou dans le train. Tout cela était très risqué, mais là où la détresse est grande, l’aide de Dieu est aussi la plus proche. |

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La joie de la liberté |
Je dois le concéder: ces années font partie des plus belles de ma vie. Nos communautés vivaient comme «un cœur et une âme» (Ac 4, 32), ainsi que le décrivent les Saintes Ecritures quand elles parlent des premiers chrétiens. Nous nous aimions sans réserve et étions prêtes à mourir les unes pour les autres. |
Et comment avons-nous professé nos vœux? Sans fête aucune. En secret, derrière des portes closes et des fenêtres assombries. Dans une joie profonde et avec des regards rayonnants! Mais nous n’avons pu partager cette joie avec aucun membre de nos familles. Un secret lourd à porter. |
Après la chute du Mur, en novembre 1989, nous avons enfin pu revêtir nos habits de religieuses et témoigner publiquement que nous avions consacré notre vie à Dieu bien des années plus tôt. L’enthousiasme fut énorme, non seulement parmi les religieux, mais aussi au sein du peuple chrétien tout entier. Après tant d’années de répression, nous avions retrouvé la liberté. Elle nous a permis de vivre l’expérience bouleversante de voir et savoir enfin combien nous étions et à quelles églises chacune et chacun appartenait. J’ai intensément vécu cette période de révélations, tout particulièrement lors du sacre de l’archevêque de Kosice, Monseigneur Alojz Tkac, au stade de football. Qu’on se représente une foule immense de religieux des communautés les plus diverses, en habits religieux, tous réunis dans un stade de sport! Ce fut grandiose. Les visages de nombreuses personnes m’étaient connus puisque je les avais aperçus lors de nos réunions secrètes. Je savais désormais à quelles communautés les attribuer. Je savais soudain à quels ordres chacune et chacun appartenait! |
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L’Eglise en Slovaquie
La Slovaquie s’étend sur un territoire de 49'000 km2 et compte 5,4 millions d’habitants. La capitale est Bratislava (autrefois: Pressburg). Depuis le 1er mai 2004, la Slovaquie fait partie de l’Union européenne. Malgré leur «divorce» en 1993, la Slovaquie et la Tchéquie dépendent l’une de l’autre, sur le plan économique principalement. |
En matière d’Eglises, la Slovaquie connaît deux traditions: celle de l’Ouest (romaine) et celle de l’Est (byzantine). La tradition occidentale forme une Eglise avec les gréco-catholiques. Il y a six diocèses catholiques et deux gréco-catholiques. Après la chute du Mur, la vie des paroisses a recommencé à s’épanouir. D’innombrables églises ont été construites, les anciennes ont été restaurées, les séminaires de prêtres et les couvents ont été remis à neuf. Il y eut beaucoup de vocations. Aujourd’hui, les principales tâches des Eglises sont la consolidation du travail, la formation continue des diacres et des croyants, mais aussi la question de la précarité sociale. |
(Tomado de la página web de las Hermanas de la Caridad de la Santa Cruz de Ingenbohl)

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